Vers une vision renouvelée, intégrée et cohérente en matière de santé mentale, itinérance et dépendance
Consultations nationales sur les prochaines orientations
Introduction
Afin de répondre de manière efficace aux enjeux de santé mentale, d’itinérance et de dépendance, le gouvernement du Québec souhaite se munir d’une vision pour déterminer les prochaines orientations et les moyens pour les mettre en œuvre. Le présent appel à contribution vise à identifier les orientations et les actions pour les trois thématiques (santé mentale, itinérance et dépendance). Il importe donc de recueillir les idées et de mobiliser les organisations, les expertes et les experts ainsi que les citoyennes et les citoyens, et de tenir une consultation structurée pour intégrer leurs perspectives dans l’élaboration des prochaines orientations.
Un appel à contribution pour élaborer les prochaines orientations en matière de santé mentale, d’itinérance et de dépendance
Les besoins de la population québécoise en matière de santé mentale, d’itinérance et de dépendance sont de plus en plus complexes et préoccupants. On observe des enjeux de différentes natures qui entraînent une importante augmentation de l’itinérance, une augmentation et une complexification des besoins des personnes ayant un trouble mental ou des symptômes associés ainsi que des besoins de services cliniques en dépendance. Ces enjeux, parfois médiatisés, ont des conséquences pour ces personnes, leurs proches et les communautés. Ils posent aussi des défis de taille aux organisations et au gouvernement du Québec, qui doivent assurer un accès équitable aux infrastructures ainsi qu’aux services adaptés à leurs besoins et à leur réalité.
Pour se saisir de ces enjeux et lancer des travaux sur de nouvelles orientations dans les trois secteurs, le gouvernement du Québec doit prévoir plusieurs actions pour assurer l’évolution et l’adéquation de ses réponses.
Il souhaite donc coconstruire une vision renouvelée de son action et évaluer des pistes d’intégration de certains des programmes offerts dans ces trois secteurs. Pour prévenir et réduire ces enjeux, il est nécessaire de se doter d’orientations structurantes, intégrées ou spécifiques, et de moyens complémentaires à mettre en œuvre.
Qu’est-ce que l’intégration des services
L’intégration des services peut se définir comme un ensemble cohérent de méthodes, de processus et de modèles organisationnels et cliniques. Elle repose sur la collaboration entre des partenaires issus de différents horizons, qui agissent de manière concertée pour accompagner les personnes touchées par les enjeux liés à la santé mentale, à l’itinérance et/ou la dépendance. L’objectif est de soutenir leur mieux-être en agissant sur plusieurs sphères de leur vie. Elle suppose une vision partagée des rôles et des responsabilités des actrices et des acteurs de la société (par exemple, les ministères, les organismes et les organisations, ainsi que les personnes concernées et leurs proches) et requiert une collaboration entre eux. L’intégration vise une meilleure réponse aux besoins des usagères et des usagers, de leur famille et de leurs proches. Elle doit être considérée comme le résultat combiné des mécanismes d’un réseau de services intégrés et de la collaboration de toutes ces personnes concernées à leur mise en œuvre. L’arrimage entre tous les partenaires publics, privés et communautaires est au cœur des actions à entreprendre pour assurer à la personne une trajectoire de services optimale.
Plus précisément, ces modalités visent à assurer la mise en place de conditions et d’un environnement favorable à la prestation d’un continuum de services personnalisé, équitable, efficace et efficient en réponse aux besoins des personnes vivant une problématique liée à la santé mentale, à la dépendance et/ou à l’itinérance. Il s’agit ainsi de considérer la personne dans sa globalité et de répondre à ses besoins concernant diverses sphères de sa vie.
L’intégration des services et la vision holistique de la personne sont des objectifs poursuivis depuis plusieurs années. L’intégration des secteurs de la santé mentale, de l’itinérance et de la dépendance permettrait d’élaborer et de mettre en œuvre leur gouvernance complémentaire, au bénéfice des premières personnes concernées ou qui pourraient l’être et leurs proches[1].
La complexification croissante des problématiques ainsi que la concomitance possible entre les troubles mentaux ou les symptômes associés, les problématiques de dépendance et/ou l’itinérance poussent le gouvernement du Québec à mettre en œuvre des orientations qui tiennent davantage compte de cette réalité[2]. À titre d’illustration, une enquête réalisée auprès des personnes en situation d’itinérance au cours des dénombrements ponctuels coordonnés à l’échelle pancanadienne au cours de 2020 à 2022 souligne que 74 % des répondants et répondantes ont déclaré avoir été aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de consommation de substances[3] :
« Certaines concomitances sont particulièrement fréquentes, comme la présence d’une dépendance et d’un trouble mental. À titre illustratif, il appert qu’en 2020-2021, sur les différentes personnes utilisatrices de services ayant été évaluées en vue de recevoir des services spécialisés en dépendance dans le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), 58 % présentaient des troubles mentaux, diagnostiqués ou non. »[4]
D’autre part, la concomitance fréquente entre les enjeux liés à la santé mentale, l’itinérance et la dépendance met en évidence le fait que, parfois, les besoins des personnes concernées ne se limitent pas à un seul secteur d’intervention, mais peuvent toucher également plusieurs dimensions essentielles de leur vie. Par exemple, elles peuvent être confrontées à des enjeux liés au revenu, au logement, au bien-être, à l’emploi, à l’éducation, à l’immigration ou à l’intégration et la sécurité, lesquels peuvent accentuer la détresse psychologique ou la consommation de substances, ou encore fragiliser la stabilité résidentielle. Inversement, les enjeux liés à la santé mentale, l’itinérance ou la dépendance peuvent eux-mêmes entraîner ou aggraver des situations de précarité dans ces sphères. Cette réalité exige une réponse concertée, intégrée et adaptée de l’appareil gouvernemental.
De ce fait, il apparaît nécessaire d’adapter les services pour prendre en compte l’ensemble des besoins des individus. La personne dans sa globalité, et pour toutes les dimensions de sa vie, sera ainsi au cœur de la vision des prochaines orientations.
Il s’agit par ailleurs d’une occasion unique pour le gouvernement du Québec de mener des travaux qui tiennent compte de l’interrelation et de la complexité de ces problématiques sociales, de façon à répondre de manière adéquate, efficace et cohérente aux besoins de la population[5]. Il s’avère en effet essentiel de s’appuyer sur les principes de collaboration et de complémentarité pour offrir des services qui tiennent davantage compte de cette réalité. Plus précisément, l’intégration se veut une nécessité pour :
- assurer la coordination de l’organisation des services dans la réponse aux besoins en santé mentale, en itinérance et en dépendance;
- favoriser la collaboration entre les actrices et les acteurs impliqués;
- améliorer la cohérence et la pertinence de ces services;
- accroître la fluidité aux services, notamment quant à l’accès et à la continuité pour répondre aux besoins des personnes utilisatrices des services et de leurs proches;
- améliorer la qualité des services;
- optimiser l’efficience du système pour les usagères, les usagers et leurs proches[6].
Il importe par ailleurs de préciser que la notion d’intégration qui peut être liée à la santé mentale, l’itinérance et la dépendance ne vise pas à éviter toute distinction quant à la spécificité de chacune d’entre elles. Elle vise plutôt à favoriser la prise en compte des besoins des personnes concernées de manière à offrir des services cohérents et adaptés, favorisant une prise en charge globale.
Cela dit, il faut prendre en compte également les particularités de chacun de ces secteurs (santé mentale, itinérance et dépendance). Il est possible qu’une personne présente des besoins uniquement dans un domaine et qu’une réponse intégrée ne soit alors ni nécessaire ni souhaitable.
Dans ce sens, l’intégration devrait surtout servir à mettre en dialogue tous les acteurs et actrices pour la réponse aux besoins en concomitance, mais sans uniformiser les approches, afin de préserver la qualité, la pertinence et l’efficacité des réponses adaptées aux réalités distinctes de chaque personne.
Santé mentale
La santé se définit comme « […] un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »[7]. La santé mentale est ainsi une composante de la santé. Elle « correspond à un état de bien-être permettant à une personne de surmonter les obstacles de la vie, de se réaliser, d’être productive et de participer à la vie de sa communauté »[8]. Les déterminants de la santé mentale sont nombreux. Ils peuvent être d’ordre émotionnel, social, environnemental et génétique. De son côté, l’expression « trouble mental » désigne un « état de santé qui se caractérise par l’altération de la pensée, de l’humeur ou du comportement, qui perturbe le fonctionnement de la personne et entraîne de la détresse. Une personne peut présenter un ou plusieurs troubles mentaux, conditions ou maladies à la fois »[9].
Les données actuelles indiquent que toutes les personnes, tous âges confondus, seront directement ou indirectement touchées par les troubles mentaux, que ce soit pour elles-mêmes ou pour une personne de leur entourage[10].
La pandémie et les retombées socioéconomiques qui y sont associées ont contribué à augmenter la détresse psychologique de la population. Plusieurs études[11, 12, 13] sur les conséquences de la pandémie sur la santé mentale des Québécois et des Québécoises démontrent que certains groupes de population ont été particulièrement affectés (jeunes, travailleurs et travailleuses de la santé, femmes, personnes en situation de précarité, personnes présentant un trouble mental préexistant, par exemple). Cette situation contribue à l’augmentation des besoins psychosociaux de la population.
D’autres études[14, 15] plus récentes confirment que la situation économique actuelle (hausse du coût de la vie, inflation, tensions économiques, etc.) a un effet direct sur la santé mentale de la population, augmentant sa détresse psychologique. À titre d’exemple, une enquête nationale[16] rapporte que la principale source d’anxiété pour 52 % des personnes répondantes demeure le coût de la vie, les femmes et les personnes à faible revenu étant les plus affectées.
Les données clinico-administratives et des études récentes révèlent que[17] :
- la probabilité pour une personne de présenter un trouble mental au cours de sa vie serait la norme plutôt que l’exception. Chaque année, près de 20 % de la population québécoise (1 personne sur 5) présente un trouble mental;
- les troubles mentaux se manifesteraient tôt dans la vie, soit avant l’âge de 14 ans dans 50 % des cas et avant l’âge de 22 ans dans 70 % des cas. Les troubles mentaux graves comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire apparaissent souvent dans la période jeune adulte et touchent environ 2 % de la population;
- certains taux ont doublé durant la pandémie de la COVID-19, notamment la prévalence des symptômes associés à la dépression et à l’anxiété chez les enfants, les adolescents et les adolescentes. Selon l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS), ces symptômes étaient la cause de la moitié des visites à l’urgence par les jeunes Québécoises et Québécois âgés de 12 à 17 ans en 2021;
- les troubles anxieux et les troubles dépressifs représentaient près de 65 % des troubles mentaux diagnostiqués au Québec en 2009-2010;
- en 2023-2024, la prévalence des troubles anxio-dépressifs au Québec était de 6,1 %[18].
Exemples d’actions en santé mentale
Plusieurs initiatives ont été mises en place pour répondre à l’augmentation importante des demandes pour les services en santé mentale au Québec. Plusieurs ressources sont mises à contribution pour aider les personnes qui vivent des difficultés et plusieurs actions sont menées pour soutenir la résolution de ces enjeux, y compris la poursuite de nombreuses actions structurantes prévues au Plan d'action interministériel en santé mentale (PAISM). Parmi toutes ces actions, on trouve :
- le rehaussement des services de première ligne et les services de consultation psychosociale dispensés à la population générale (p. ex., Info-Social 811);
- l’amélioration de l’accès aux services par la mise en place de mécanismes d’accès en santé mentale plus efficaces qui permettent aux usagères et aux usagers d’obtenir des services sans passer par un ou une médecin et sans la nécessité d’un diagnostic;
- la stratégie numérique en santé mentale qui vise la mise en place d’une offre de services plus intuitifs et faciles d’utilisation pour la population, ce qui améliore l'accès aux soins et aux services en santé mentale. Elle permet de favoriser l'autonomie des personnes et leur rétablissement ainsi que de rejoindre plus facilement celles qui ne consultent pas par crainte, notamment, d'être stigmatisées;
- Aire ouverte qui, par un réseau de services intégrés jeunesse, incluant des organismes communautaires et d’autres partenaires intersectoriels et intraétablissement, vise à offrir des soins et des services de santé globale aux jeunes âgés de 12 à 25 ans, notamment à celles et ceux qui hésitent à faire appel aux services du RSSS. Ces services sont adaptés pour répondre aux besoins des jeunes et sont offerts sans critères d’admissibilité, avec et sans rendez-vous, disponibles selon un horaire adapté et sans liste d’attente;
- la mise en place d’alternatives à l’hospitalisation qui visent à prévenir ou abréger l’hospitalisation des usagères et usagers présentant un trouble mental ou des symptômes associés. Cette mesure répond au constat selon lequel l’hospitalisation est quelquefois décrite par les personnes utilisatrices de services comme une expérience négative, stigmatisante et freinant le processus de rétablissement si elle se prolonge dans le temps;
- l’élaboration d’une trousse informationnelle sur la santé mentale pour les personnes immigrantes visant à les informer et à répondre à leurs besoins en matière de sensibilisation et de la demande d’aide en santé mentale, ainsi qu’à faciliter leur intégration et leur pleine participation à la société québécoise;
- la promotion de la santé mentale et la prévention de l’anxiété dans les milieux scolaires;
- la création d’un fonds régional de soutien aux projets culturels destinés à avoir un effet positif sur la santé mentale des jeunes;
- le développement de formations aux employeurs visant à favoriser l’embauche, l’intégration et le maintien en emploi de travailleurs et travailleuses présentant des troubles mentaux ou des symptômes associés afin de soutenir la santé mentale des personnes, notamment pour leur cheminement professionnel.
Itinérance
Les personnes qui vivent une situation d’itinérance affrontent d’importantes difficultés dans plusieurs sphères de leur vie. Elles entrent ainsi dans un processus de désaffiliation sociale pouvant aller jusqu’à une situation de rupture sociale. Leur filet social s’efface graduellement jusqu’à ce qu’elles se trouvent malgré elles au ban de la société. Pour renverser ce processus, il est important de stabiliser leur situation résidentielle et soutenir la renaissance d’un sentiment de pouvoir d’agir et d’appartenance. Cela prend du temps et nécessite de l’accompagnement pour que la personne traverse, à son rythme, ce parcours difficile et parsemé d’obstacles.
Dans cette perspective, il faut rappeler qu’il y a « une place pour chacun », ce qui nécessite de mobiliser les actrices et les acteurs impliqués dans la (ré)affiliation des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir. Il faut emprunter une démarche intersectorielle qui tienne compte de l’ensemble de ses sphères de vie et viser tant la prévention que l’accompagnement.
Plusieurs facteurs contribuent à exacerber le phénomène de l’itinérance. Parmi eux, on trouve :
- la pénurie de logements abordables et le repli vers des hébergements d’urgence et de transition : dans son Rapport sur le marché locatif, la Société canadienne d’hypothèques et de logement révèle qu’on observe une diminution du taux d’inoccupation des appartements locatifs en 2022. À Gatineau, par exemple, le taux d’inoccupation était de 0,8 % en 2022 et uniquement 8 % des logements disponibles sont considérés comme abordables. Dans un tel contexte, la mobilisation des propriétaires privés pour accueillir des personnes en situation d’itinérance ou à risque imminent d’y basculer est particulièrement difficile.
Il est ardu d’estimer avec exactitude les besoins en matière d’hébergement et de logement. Qui plus est, l'accès au continuum de soins et de services demeure difficile pour les personnes en situation d'itinérance, particulièrement certains soins et services particuliers et spécialisés; - la crise d'une itinérance multiforme : les collectes de données nationales (exercices d’énumération et de dénombrement) font état d'une véritable crise de l'itinérance. Pour l’énumération de l’itinérance hébergée, de nouvelles données sont disponibles depuis 2024. Le 23 avril 2024, 9 307 personnes en situation d’itinérance étaient hébergées, dont 5 324 dans une ressource d’hébergement d’urgence et de transition. Le chiffre est en hausse de 15 %, soit 1 228 personnes de plus qu’en 2022. Ainsi, on constate une augmentation de l’itinérance hébergée au Québec depuis 2018. La hausse annuelle moyenne était de 8 % entre les exercices de 2018 et 2022; elle était de 10 % entre les exercices de 2022 et 2024.
Pour le dénombrement des personnes en situation d'itinérance visible, le rapport de l’exercice de 2022 estime à 10 000 le nombre de personnes qui étaient dans cette situation le 11 octobre 2022, dont 1 335 dans les lieux extérieurs. Cette estimation représente une hausse de l'itinérance visible de 44 % par rapport à l’exercice de 2018. Cette hausse s'observe dans toutes les régions qui ont participé aux deux exercices. Le nombre estimé de personnes en situation d'itinérance visible représente 120 par 100 000 habitants, soit un taux légèrement inférieur à l'Ontario, mais six fois plus important que celui de la Finlande.
Le contexte de pénurie de logements abordables et les conséquences de la COVID-19 font partie des facteurs explicatifs de la hausse. D'ailleurs, l'expulsion est notée dans le rapport 2022 comme la principale raison de la perte de logement. En 2018, il s'agissait plutôt des troubles liés à la consommation de substances.
Exemples d’actions en itinérance
Le plus récent bilan des réalisations du PAII nous permet de constater que :
- en novembre 2025, 219 jeunes et 798 personnes en situation d'itinérance ont été logés en PSL et sont accompagnés;
- en novembre 2024, 203 personnes représentées par le Curateur public du Québec (dont 63 jeunes) à risque d'itinérance ont vu leur situation se stabiliser;
- 222 ressources d’hébergement d’urgence et de transition (dont 33 consacrées aux femmes et 6 aux personnes des Premières Nations et Inuit) ont reçu du financement pour consolider leur offre de services;
- 36 ententes ont été conclues avec des ressources pour offrir de l’hébergement à des personnes en situation d’itinérance qui vivent des enjeux en regard de leur consommation de substances;
- 81 ressources à temps complet ont été ajoutées pour offrir des services de proximité aux personnes en situation d’itinérance;
- 61 ressources à temps complet sont venues soutenir le continuum de services en dépendance pour les personnes en situation d’itinérance;
- le rapport de l’exercice de dénombrement 2022, le rapport de l’exercice d’énumération 2024 et le Deuxième portrait (engagement du PAII 2015-2020) ont été publiés. Un rapport de l'exercice de dénombrement 2025 est en cours de rédaction;
- la Table Québec-Municipalités en itinérance a été créée;
- une synthèse des consultations et des analyses a été publiée concernant les rôles et les responsabilités, et la rédaction du Document d’orientation sur les rôles et les responsabilités du gouvernement du Québec à l’égard des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir est terminée.
Dépendance
Une grande proportion de Québécoises et de Québécois consomme de l’alcool ou d’autres drogues, pratique des jeux de hasard et d’argent (JHA) et utilise Internet quotidiennement. Bien que ces activités n’entraînent généralement que peu ou pas de conséquences, pour plusieurs personnes, elles peuvent comporter des risques et non seulement les affecter, mais également leurs proches, leur milieu de vie et l’ensemble de la société. En dépit des avancées importantes réalisées au Québec pour prévenir, réduire et traiter les conséquences associées à la consommation de substances psychoactives et à la pratique de jeux de hasard et d’argent, et malgré de solides assises scientifiques et les capacités d’innovation dont a fait preuve le Québec au cours des 30 dernières années, différents constats appuient l’élaboration de nouvelles orientations gouvernementales.
Le contexte mondial de la consommation de substances psychoactives est, depuis quelques années, caractérisé par l’émergence de nouvelles drogues, souvent plus toxiques, et par l’usage accru des opioïdes, utilisés ou non à des fins thérapeutiques.
Le nombre de morts causés par des opioïdes a continué d'augmenter au Québec. Selon les plus récentes données de l’Institut national de santé publique, en 2024, 645 décès liés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues sont survenus, soit une centaine de plus qu’en 2022 et en 2023. De même, l’INSPQ rapporte déjà plus de 150 décès entre janvier et mars 2025. Pour la semaine du 23 au 29 novembre 2025 (dernière donnée disponible), le nombre de décès causés par une intoxication suspectée aux drogues ou aux opioïdes était de 13, ce qui est supérieur à la moyenne des 26 dernières semaines (11 décès/semaine). Enfin, le taux annuel par 100 000 Québécois et Québécoises pour les décès liés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou autres drogues est passé de 5,1 en 2018 à 7,3 en 2024.
En outre, au Québec, la sévérité de la problématique des dépendances nécessite d’être mieux comprise et reconnue. Une proportion significative de personnes affectées présente un profil sévère qui exige autant de soins que dans le cas d’autres maladies graves. Pour illustrer cet enjeu, il est pertinent de rappeler que l’Organisation mondiale de la Santé a mis sur pied un système de cotation du poids du handicap causé par les différentes maladies. Cette cote varie de 0 à 1, la cote de 1 représentant les maladies causant directement la mort, donc le handicap le plus sévère. On observe par exemple qu’un cancer métastatique reçoit une cote de 0,48, un Parkinson sévère, une cote de 0,55, et une amputation des deux jambes, une cote de 0,49. En guise de comparaison, un trouble sévère lié à l’usage d’alcool reçoit une cote de 0,55, un trouble d’usage des jeux de hasard et d’argent, une cote de 0,44, et la dépendance aux opioïdes, une cote de 0,64. Ainsi, selon l’OMS, les dépendances pèsent tout aussi lourdement dans la vie des personnes que les affections que notre système de santé considère comme gravissimes (cancer métastatique, Parkinson sévère, etc.).
Par ailleurs, la constante évolution du domaine des technologies de l’information et des communications, les multiples possibilités offertes par Internet et le développement des connaissances liées, notamment, aux effets potentiels de son utilisation pour certaines personnes justifient la pertinence d’élargir la conceptualisation du phénomène des dépendances. Au Québec, d’importantes avancées ont été réalisées au cours des dernières années afin de mieux comprendre cette réalité. Dans le développement de pratiques cliniques probantes, un premier programme clinique standardisé de réadaptation en cyberdépendance à l’attention des personnes de 12 à 25 ans a vu le jour : le programme Virtu-A. Il s’agit d’une avancée majeure. Toutefois, d’importants efforts doivent encore être faits afin de s’assurer d’une gamme de services couvrant l’ensemble du continuum, notamment le développement d’un programme clinique d’intervention précoce en cyberdépendance.
Ces réalités s’inscrivent dans le contexte où l’accessibilité aux services en dépendance, notamment les services médicaux en dépendance pour les personnes vulnérables, pose encore d’importants défis. Tout d’abord, une faible proportion des personnes qui éprouvent des problèmes de dépendance demandent de l’aide. Lorsqu’elles le font, c’est souvent tardivement, c’est-à-dire plusieurs années après l’émergence du problème. De plus, le processus de demande en dépendance est souvent entravé par des obstacles individuels et systémiques.
À cet effet, les personnes qui présentent des problèmes de dépendance sont confrontées de manière plus marquée à certains obstacles, dont :
- trop peu d’activités de repérage et de détection des problèmes de dépendance;
- des critères d’admission à certains programmes qui tendent à exclure les sous-groupes les plus vulnérables, mettant ainsi de la pression sur les systèmes d’urgence tels que les urgences hospitalières et les services policiers (p. ex., exclusion de personnes très vulnérables de cliniques de santé);
- la facturation médicale et les codes de vulnérabilité associés qui ne favorisent pas la prise en charge;
- les plans régionaux d’effectifs médicaux et les activités médicales particulières qui ne prennent pas en compte les besoins en dépendance;
- les défis de coordination entre différents niveaux de soins et entre les prestataires de services;
- le travail en silo, notamment en ce qui a trait aux services de santé primaire, en santé mentale et en toxicomanie.
Ces obstacles s’expliquent entre autres par le fait que la stigmatisation des problématiques de dépendance est, encore aujourd’hui, fortement présente tant au sein de la population en général que dans les différents systèmes (santé, éducation, travail, etc.). Les personnes concernées rencontrent alors davantage d’obstacles pour accéder à des services adaptés à leurs besoins. Et lorsqu’elles cumulent les stigmas (femmes, enjeux de santé mentale, appartenance à une communauté autochtone ou ethnoculturelle, à la diversité sexuelle et de genre, etc.), ces difficultés sont exacerbées. L’accès à des services médicaux de première ligne est donc particulièrement difficile pour ces populations.
En somme, les personnes utilisatrices de substances psychoactives ou qui sont aux prises avec une ou des dépendances figurent encore aujourd’hui parmi les personnes les plus touchées par les inégalités sociales de santé, alors qu’elles font partie des groupes présentant les plus grands besoins de santé et de services sociaux.
Cela étant, les données statistiques sur les services amènent à constater une augmentation significative des besoins de services en dépendance. Ainsi, en 2025 :
- 28 175 usagères et usagers ont reçu des services d'intervention précoce en dépendance par le biais de la mission du CLSC. Il s’agit d’une augmentation de 22,6 % par rapport à 2019;
- 49 154 usagères et usagers ont reçu des services spécialisés en dépendance par l’entremise de la mission du Centre de réadaptation en dépendance des établissements de santé et de services sociaux. Il s'agit d'une augmentation de 8 % par rapport à 2019;
- 1 234 usagères et usagers présentant un trouble lié à la cyberdépendance ont reçu des services spécialisés en dépendance. Il s’agit d’une augmentation de 280 % par rapport à 2019;
- 2 335 usagères et usagers étaient en attente d’un premier service spécialisé en dépendance. Il s’agit d’une augmentation de 43 % par rapport à 2019;
- la durée moyenne d’attente à un premier service spécialisé était de 33 jours. Il s’agit d’une augmentation de 55 % par rapport à 2019.
Exemples d’actions en dépendance
- Réalisation de campagnes annuelles regroupant quatre volets : Semaine de prévention des dépendances, volet surdoses de SPA, cannabis et alcool
- Surveillance : les données de vigie des surdoses sont diffusées sur le site de l’INSPQ et mises à jour de façon trimestrielle
- Mise en œuvre de la campagne Pause ton écran, assortie de nombreux outils disponibles en continu
- Mise en place de services d’analyse de substances psychoactives en milieu festif et communautaire (unités mobiles) dans six régions du Québec
- Mise en place d’un parcours de formation continue en jeu responsable chez les employées et les employés actifs de Loto-Québec
- Déploiement de 13 services de consommation supervisée dans six régions du Québec
- Primauté des principes de santé et de sécurité publique en matière d’encadrement de la vente et de la publicité de cannabis
- Amélioration des programmes qui offrent des solutions de rechange à la judiciarisation, comme le Programme d’accompagnement justice et santé mentale (PAJ-SM), qui a fait l’objet d’une adaptation afin de mieux rendre compte de la situation des personnes aux prises avec un trouble d’usage de substances, un trouble lié aux jeux de hasard et d’argent ou une cyberdépendance
- Consolidation des services externes intensifs pour les jeunes
- Développement de programmes cliniques probants à l’intention des jeunes et de leurs familles, tels Virtu-A, Cap sur la famille, IP Jeunes et TAPAJ
- Développement du programme Mes Choix; il couvre désormais l’usage de cannabis et d’autres substances, comme celui des jeux de hasard et d’argent
- Déploiement du Programme de soutien à la pratique médicale de première ligne en dépendance et en itinérance
- Mise en fonction de diverses structures de soutien clinique et organisationnel : le Centre d'expertise et de collaboration en troubles concomitants (CECTC); l’Équipe de soutien clinique et organisationnel en dépendance et en itinérance (ESCODI); la Communauté de pratique médicale en dépendance (CPMD)
- Développement du programme Sage usage (programme d’intervention précoce adapté aux réalités et aux besoins des populations autochtones)
- Travaux de mise à jour de formations incluses au Programme national de formation en dépendance (PNFD)
Références
1. Ministère de la Santé et Services sociaux (2022). S’unir pour un mieux-être collectif : Plan d’action interministériel en santé mentale 2022-2026.
2. Gouvernement du Canada (2025). Instantané de données sur l’itinérance : Santé mentale, consommation de substances et itinérance au Canada, Logement, Infrastructures et Collectivité Canada – Instantané de données sur l’itinérance : Santé mentale, consommation de substances et itinérance au Canada.
3. Ibid.
4. Ministère de la Santé et des Services sociaux (2022). S’unir pour un mieux-être collectif : Plan d’action interministériel en santé mentale, p. 3.
5. Voir à ce chapitre les plans d’action interministériels en santé mentale, itinérance et dépendance.
6. Ministère de la Santé et des Services sociaux. Cadre de référence pour l’organisation des services en déficience physique, déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme, Vers une meilleure intégration des soins et des services pour les personnes ayant une déficience, p. 32 et 35.
7. Organisation mondiale de la Santé. Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, no 2, p. 100, entrée en vigueur le 7 avril 1948.
8. Ministère de la Santé et des Services sociaux. Plan d’action interministériel en santé mentale, S’unir pour un mieux-être collectif, 2022, p. 3.
9. Ibid.
10. Association canadienne pour la santé mentale. Faits saillants sur la maladie mentale (en ligne), https://cmha.ca/fr/faits-saillants-sur-la-maladie-mentale (consulté le 23 décembre 2025).
13. Institut national de santé publique du Québec. Surveillance du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) au Québec en contexte de pandémie de la COVID-19.
14. ACSM Division du Québec. La santé mentale au Canada? Son état est préoccupant, selon un nouveau rapport de l’Association canadienne pour la santé mentale.
15. Troubles mentaux et accès aux soins de santé mentale.
16. Recherche en santé mentale Canada. L’impact des tensions économiques et politiques sur la santé mentale des Canadiens et Canadiennes.
17. Toutes ces données proviennent du PAISM, p. 4, sauf la dernière.
18. Institut national de santé publique du Québec. Troubles anxio-dépressifs.