Élaboration d’une Stratégie nationale de prévention en santé 2025
Appel à contribution pour identifier et prioriser les actions de prévention qui pourraient améliorer la santé et le bien-être de la population québécoise
Appel à contribution pour une Stratégie nationale de prévention en santé au Québec
Une part importante des problèmes de santé actuels pourrait être évitée grâce à des actions de prévention. En agissant collectivement, avant l’apparition des problèmes, sur les facteurs qui influencent la santé, comme les conditions de vie, les comportements, l’environnement et les facteurs biologiques, il est possible d’améliorer significativement la santé et le bien-être de la population. Investir en prévention en santé permet également de réduire les besoins en soins de santé et en services sociaux. Lorsque la maladie apparaît, il est aussi possible d’agir de façon préventive afin d’éviter son aggravation et la surmédicalisation.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux élabore actuellement une Stratégie nationale de prévention en santé. Forte des initiatives mises de l’avant depuis des décennies par le gouvernement du Québec et de nombreux partenaires pour améliorer la santé de la population, notamment dans le cadre du Programme national de santé publique et de la Politique gouvernementale de prévention en santé, la Stratégie se veut un engagement de toute la société pour intensifier les actions de prévention à travers le Québec.
Le Québec a l’occasion d’aller encore plus loin dans la prévention pour bâtir un avenir en meilleure santé pour toutes et tous. En tant que chef de file reconnu en matière de prévention, il dispose des ressources et du savoir-faire nécessaires pour intensifier ses efforts et proposer des actions novatrices et concrètes afin d’améliorer la qualité de vie de la population et de contribuer à un système de santé et de services sociaux plus résilient et durable.
Pourquoi une Stratégie nationale de prévention en santé au Québec
Une nécessité pour l’avenir
Le Québec et le Canada font face à une augmentation continue des dépenses en santé, dépassant largement la croissance de la richesse collective. En 2024, les coûts des soins de santé au Canada ont atteint 372 milliards de dollars, soit 12,4 % du PIB. Au Québec, le budget de la mission de la Santé et des Services sociaux dépasse les 62 milliards de dollars, représentant 42 % du total des dépenses de l’État. Cette pression financière, accentuée par la pression démographique ainsi que les défis liés au vieillissement de la population, aux inégalités sociales de santé et aux changements climatiques, force à revoir nos actions collectives pour assurer la viabilité du réseau de la santé et des services sociaux. Dans ce contexte, il est opportun d’accorder une plus grande importance à la prévention en santé. En plus d’éviter la maladie et de réduire la demande de soins et de services, la prévention est largement associée à des bénéfices sociaux tels que le bien-être et la santé.
Une proportion importante des problèmes sociaux et des problèmes de santé étant évitable, la prévention représente une solution clé pour favoriser la santé et le bien-être des personnes et alléger le fardeau sur le système de santé et de services sociaux. Les principaux facteurs qui influencent la santé sont bien connus : en plus des facteurs biologiques, les conditions de vie, les comportements et les environnements jouent un rôle crucial. De façon plus concrète, voici quelques facteurs favorables à la santé :
- un environnement convivial et aimant en petite enfance;
- des occasions éducatives de haute qualité et accessibles tout au long de la vie;
- un environnement durable et un climat habitable;
- des aliments sains et nourrissants, de l’eau, des terres et de l’air sains;
- des services de santé et sociaux de qualité, accessibles et complets;
- un endroit sécuritaire où habiter;
- les revenus et les ressources nécessaires pour prospérer.
Toutes et tous n’ont pas accès aux mêmes ressources et possibilités pour atteindre leur plein potentiel de santé. Les écarts de santé sont souvent liés à des contextes socioéconomiques défavorables. À titre d’exemple : tout le monde n’a pas le même accès à une alimentation saine, à un parcours de vie exempt de violence, à un logement abordable et salubre ou à un revenu suffisant pour subvenir à ses besoins. Une stratégie de prévention en santé pourrait permettre d’agir sur les conditions de vie afin de favoriser une meilleure santé et un plus grand bien-être pour toute la population.
Qu’est-ce que la prévention
La prévention en santé regroupe les actions mises en place pour promouvoir la santé et le bien-être, éviter l'apparition de maladies, détecter les problèmes de santé de manière précoce et atténuer les conséquences des maladies existantes. L'Organisation mondiale de la Santé distingue quatre niveaux de prévention :
- Prévention primaire : Elle vise à réduire les facteurs de risque qui favorisent l'apparition de maladies ou de traumatismes et à augmenter les facteurs de protection de la santé physique, psychologique et sociale, par exemple encourager une alimentation saine, l'activité physique, la participation sociale et la vaccination.
- Prévention secondaire : Elle consiste à dépister les maladies le plus tôt possible, avant l’apparition de symptômes, afin d'intervenir rapidement et d'améliorer les chances de traitement, par exemple dépister le cancer ou le diabète.
- Prévention tertiaire : Elle a pour objectif de limiter les complications et d'améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques, par exemple offrir de la réadaptation après un accident ou une chirurgie.
- Prévention quaternaire : Elle prévient les interventions médicales inutiles et la surmédicalisation.
Les actions de prévention en santé ciblent différents facteurs de risque et de protection, qu'ils soient comportementaux (tabagisme, consommation d'alcool, certains comportements alimentaires, sédentarité, etc.), environnementaux (pollution, conditions de travail, accès au logement, aménagement du territoire, etc.) ou liés aux conditions de vie et économiques (revenu, éducation, réseau de soutien, accès aux soins, etc.). Ces facteurs influencent directement ou indirectement la santé des individus et des populations.
L'approche populationnelle de la prévention repose sur la compréhension des causes des maladies et sur l'identification des facteurs contributifs aux inégalités de santé. Réduire les inégalités sociales de santé constitue ainsi une priorité essentielle pour améliorer la santé de l'ensemble de la société.
La promotion de la santé s'inscrit dans le continuum de la prévention en élargissant l’action au-delà des comportements individuels pour inclure les facteurs sociaux, économiques et environnementaux qui influencent la santé. Inspirée par la Charte d’Ottawa, elle vise à donner aux populations les moyens d’agir sur leur bien-être en ciblant les comportements par l’éducation et le marketing et en créant des environnements favorables à la santé, entre autres par l’influence sur les politiques publiques. L’approche plus en amont des problèmes de santé que préconise la promotion de la santé sera intégrée à la Stratégie nationale de prévention.
Le Québec, un chef de file de la prévention en santé
Depuis les années 1970, la prévention occupe une place de choix dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux. Avec l’adoption de diverses politiques publiques, le Québec s’est progressivement outillé d’un cadre structurant pour favoriser la santé et le bien-être de sa population.
Un tournant majeur a été franchi en 2001 avec l’adoption de la Loi sur la santé publique, une première en Amérique du Nord. Cette loi a permis d’instaurer un Programme national de santé publique qui articule au niveau national une offre de services de santé publique. La Loi sur la santé publique donne également des responsabilités au ministre, aux directeurs de santé publique et aux établissements du réseau de la santé et des services sociaux en matière de prévention, en particulier à travers l’élaboration des plans d’action régionaux adaptés du Programme national de santé publique.
En 2016, la Politique gouvernementale de prévention en santé est venue consolider ces avancées par la mobilisation de plusieurs ministères et organisations dans l’approche intersectorielle de Santé dans toutes les politiques promue par l’Organisation mondiale de la Santé. Cette politique a permis d’améliorer la cohérence des actions gouvernementales et de positionner le Québec parmi les chefs de file mondiaux en matière de prévention.
Grâce à ces efforts, on observe depuis 2010 un recul constant des décès évitables, un allongement de l’espérance de vie et un niveau de bien-être très élevé, faisant du Québec la province canadienne la plus performante à ces égards. Toutefois, des inégalités persistent entre certains groupes de la population et certaines régions. Dans cette perspective, la mise en œuvre de la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux, adoptée en décembre 2023, représente l’occasion unique de recentrer le système de santé sur des résultats concrets pour la population et d’intensifier les efforts de prévention à l’échelle collective.
Et la suite
La démarche en cours vise à élaborer la première Stratégie nationale de prévention en santé. Il s’agit de l’occasion d’intensifier les actions sur les facteurs qui influencent la santé, mobiliser l’ensemble de la société autour d’une vision porteuse de sens et transformer le système de santé et de services sociaux québécois en misant sur la prévention comme levier central d’amélioration de la santé et du bien-être de la population. En s’appuyant sur les acquis du Québec en matière de santé publique, cette Stratégie viendra appuyer les objectifs de la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux.
À travers des mesures structurantes et un cadre d’action cohérent impliquant plusieurs partenaires gouvernementaux, la Stratégie permettra non seulement d’améliorer la santé et le bien-être des Québécoises et des Québécois, mais aussi de réduire la demande en soins et de favoriser une plus grande équité en matière de santé. En adoptant une approche globale, systémique et concertée, la Stratégie aspire à renforcer la prévention dans toute la société et à assurer la viabilité du système de santé pour les générations actuelles et futures.
Son élaboration repose sur une mobilisation des institutions gouvernementales, du réseau de la santé et des services sociaux, des organisations de la société civile, dont des entreprises à vocation sociale, des syndicats, des fondations et des organismes communautaires, des chercheurs et chercheuses et des citoyens et citoyennes, toutes et tous appelés à jouer un rôle clé dans sa mise en œuvre. C’est donc un appel collectif à agir pour une population en meilleure santé!
La santé selon le parcours de vie
Les enfants (jusqu’à 12 ans) et leurs parents
La naissance et la petite enfance constituent des périodes cruciales dans le développement des personnes. Le développement global de l’enfant, notamment sur les plans cognitif, langagier, physique et moteur ainsi que social et affectif, exerce une influence à long terme sur sa santé. Il est essentiel d’avoir une vision globale des besoins des enfants et de leur famille afin de leur assurer un bon départ dans la vie et de favoriser leur plein épanouissement.
Les données récentes permettent de mieux comprendre les enjeux et d’orienter les interventions pour favoriser un développement optimal des enfants. Elles soulignent la nécessité de poursuivre les efforts pour améliorer la santé et le bien-être des familles et des enfants au Québec. La situation des enfants québécois présente des tendances contrastées en matière de santé périnatale, de développement et de conditions de vie.
Santé périnatale et infantile
La proportion des naissances prématurées au Québec a augmenté de 5,6 % en 1981 à 7,5 % en 2022. Par ailleurs, le taux de mortalité infantile au Québec demeure parmi les plus faibles au Canada, à 4,3 pour 1 000 naissances vivantes en 2022. Concernant l’allaitement, 90,4 % des mères ont allaité leur nourrisson en 2022, mais seulement 37,6 % ont poursuivi l’allaitement exclusif jusqu’à six mois, un chiffre encore en deçà des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Les taux de vaccination sont globalement bons, avec 87 % des enfants de 15 mois ayant reçu les vaccins recommandés. Toutefois, 25 % ont reçu au moins une dose en retard, ce qui peut affecter la protection collective contre certaines maladies.
Exemple d’actions de prévention :
- Distribution du guide Mieux vivre avec notre enfant
- Initiatives pour encourager et soutenir l’allaitement et rendre les environnements favorables à l’allaitement
- Offre de rencontres prénatales de groupe, adaptées aux réalités locales
- Déploiement du suivi Olo dans toutes les communautés, y compris les Premières Nations et les Inuits
- Avis de grossesse permettant un accès aux services requis selon les besoins, notamment un suivi de grossesse
- Vaccination des tout-petits
- Programme de dépistage pour identifier précocement des conditions pouvant affecter le développement et la santé des nouveau-nés
- Interventions préventives individuelles aux femmes susceptibles de devenir enceintes
- Soutien ou suivi médical ou psychosocial aux femmes qui vivent en contexte de grande vulnérabilité
Pratiques parentales
Les pratiques parentales jouent un rôle essentiel dans le développement des enfants. Elles doivent être bienveillantes et positives pour favoriser leur épanouissement. Si 92 % des mères expriment un sentiment élevé d’efficacité parentale, ce taux n’est que de 74 % chez les pères. L’engagement paternel peut jouer un rôle clé dans le développement de l’enfant en favorisant l’attachement, en stimulant la mémoire et en renforçant les compétences sociales. Une approche favorisant la coparentalité participe aussi à la prévention de la négligence et de la maltraitance. Toutefois, 61 % des parents rapportent que le temps et l’énergie requis pour s’occuper de leurs enfants excèdent parfois leurs capacités. Les parents sont relativement actifs dans la recherche de soutien : 19 % ont participé à des ateliers parentaux et 13 % ont consulté un professionnel ou une professionnelle pour du soutien familial.
Exemples d’actions de prévention :
- Services de soutien aux pratiques parentales dès la grossesse
- Programmes, services et outils pour soutenir les habiletés parentales et le développement des compétences personnelles et sociales des enfants de 0 à 5 ans
- Programmes pour soutenir les parents dans l’exercice de leur rôle parental et assurer aux enfants une entrée scolaire réussie
- Promotion d’une santé mentale positive chez les parents et les futurs parents
- Développement de programmes de mentorat parental au sein des quartiers
Développement des enfants
En 2022, une enquête a révélé que 29 % des enfants à la maternelle étaient vulnérables dans au moins un des cinq domaines de développement, soit la santé physique et le bien-être, les compétences sociales, la maturité affective, le développement cognitif et langagier, les habiletés de communication et les connaissances générales. Des différences peuvent être observées selon le sexe et la défavorisation des quartiers. Ainsi, la proportion d’enfants vulnérables dans au moins un domaine de développement est plus importante chez les garçons que chez les filles et chez ceux résidant dans des quartiers avec un indice de défavorisation matérielle et sociale élevé. Par ailleurs, 56,3 % des enfants de maternelle sont peu ou pas actifs, un enjeu pour leur développement moteur.
Depuis le début des années 2000, le nombre d’enfants atteints d’un trouble de développement augmente au Québec, ce qui s’explique en grande partie par l’amélioration du repérage de ces troubles. Certains enfants sont plus à risque d’avoir un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), dont les garçons et les enfants issus de milieux défavorisés. En 2022, 16 % des enfants de la maternelle passaient en moyenne deux heures et plus à regarder ou à utiliser des écrans au cours d’une journée. La surutilisation des écrans nuit au développement moteur, social et affectif des enfants.
En 2022-2023, près de 4,9 % des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire à la formation générale des jeunes avaient un handicap, ce qui correspond à 56 214 élèves. Les actions adaptées de prévention peuvent répondre à leurs besoins particuliers et leur offrir des conditions propices à leur développement optimal.
Exemples d’actions de prévention :
- Programme Agir tôt pour repérer les retards de développement chez les enfants âgés de 0 à 5 ans et offre d’un accompagnement adapté
- Services de garde éducatifs à l’enfance de qualité
- Initiative concertée d’interventions pour soutenir le développement des enfants de 0 à 5 ans et mieux préparer leur entrée à l’école et leur réussite scolaire
- Maternelle 4 et 5 ans
- Milieux scolaires favorisant la santé, le bien-être et la réussite éducative des élèves
- Services et soins offerts en communauté pour la sécurité et le bien-être des enfants en situation de vulnérabilité
- Actions préventives visant une utilisation équilibrée des écrans
- Activités pour les familles dans les bibliothèques municipales
- Programmes pour développer les compétences des enfants en alimentation
- Diffusion des meilleures pratiques pour offrir des collations de fruits et légumes dans les écoles primaires
- Mise en place de facteurs de protection dans les milieux scolaires et les milieux de vie pour favoriser le développement optimal des enfants
- Encourager l’autodétermination des enfants avec handicap
Inégalités sociales de santé
Au Québec, en 2021, 7 % des enfants vivaient dans un ménage à faible revenu, ce qui correspond à un peu plus de 118 000 enfants. Environ 4,2 % des familles ayant un enfant en maternelle ont eu recours à une banque alimentaire en 2022, témoignant des difficultés économiques persistantes des jeunes familles. En 2023, 19,5 % des enfants de moins de 18 ans vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire.
Bien que la santé des dents permanentes des élèves de 6e année s’est améliorée entre 1996-1997 et 2012-2013, on constate encore que les enfants issus de milieux défavorisés ou dont les parents sont moins scolarisés risquent davantage d’être touchés par la carie.
Exemples d'actions de prévention :
- Services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE)
- Soutien aux familles en situation de vulnérabilité
- Mesures de lutte contre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale
- Programme d’application de scellant dentaire dans les écoles
- Programme de brossage supervisé des dents en service de garde et en milieu scolaire
- Programmes d’aide alimentaire scolaire
Environnement familial et maltraitance
Les signalements traités (reçus et retenus) à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont connu, au cours des 10 dernières années, une augmentation marquée, passant de 82 919 en 2013-2014 à 134 871 en 2023-2024, soit une hausse de 62,7 %. La proportion d’enfants dont la situation a été prise en charge par la DPJ pour des problématiques d’abus physiques et de risque sérieux d’abus physiques a connu une hausse de 30 %. La négligence au Québec demeure également préoccupante depuis les 10 dernières années, représentant ainsi tout près de 50 % des situations prises en charge par la DPJ pour motifs de négligence et de risque sérieux de négligence. Ces données concernent les 0-17 ans.
Exemples d’actions de prévention :
- Mise en place et consolidation de programmes d’intervention en négligence en première ligne
- Référence facilitée vers les services en santé mentale et dépendance, surtout auprès des parents de jeunes enfants
- Initiatives pour rehausser la qualité des services offerts aux enfants présentant certains facteurs de vulnérabilité ou vivant en contexte de négligence et à leur famille
- Déploiement au plan provincial du programme Agir tôt
- Déploiement au plan provincial des services Aire ouverte (12-25 ans)
Les adolescents et les jeunes adultes (12 à 24 ans)
La période de l’adolescence jusqu’au début de l’âge adulte est déterminante. Les expériences, les choix et les possibilités qui se présentent à ces âges influenceront grandement l’état de santé et de bien-être futur de la personne. Comprendre cela permet de mieux saisir les défis et les réalités des adolescents et adolescentes et des jeunes adultes d’aujourd’hui. Au Québec, leur situation est marquée par des contrastes : toutes et tous n’évoluent pas dans des environnements propices à leur épanouissement.
Les données récentes permettent d’approfondir la compréhension des défis auxquels sont confrontés les adolescents et adolescentes et les jeunes adultes. En somme, ce portrait met en lumière des tendances qui nécessitent une attention particulière. Il est souhaité d’aller plus loin pour soutenir les jeunes dans leur développement et leur bien-être global, notamment en matière de santé mentale, de comportements à risque et de saines habitudes de vie. Les données mettent également en évidence la nécessité de poursuivre les efforts afin de réduire les inégalités et d’assurer un accompagnement adapté aux besoins de cette population.
Situation familiale
Les adolescents et adolescentes et les jeunes adultes au Québec connaissent des réalités familiales diverses. En 2021, 21,5 % des enfants de moins de 18 ans vivaient avec un seul parent, tandis que 93 % des 15 à 19 ans vivaient avec au moins un parent. Chez les jeunes adultes, 57 % vivaient avec au moins un parent.
L'autonomie résidentielle pendant cette période augmente : 10 % des 20-24 ans vivaient seuls et 15 % cohabitaient avec d'autres personnes.
Certaines études mettent en lumière une présence notable de jeunes personnes proches aidantes au sein de la population étudiante postsecondaire au Québec. Ces jeunes sont davantage susceptibles de rencontrer des défis liés à leur santé ou à leur apprentissage scolaire par rapport à ceux qui n’ont pas de proches malades, vieillissants, qui ont une incapacité ou qui vivent une difficulté.
Exemples d’actions de prévention :
- Programmes de qualification des jeunes permettant leur accompagnement vers l’autonomie (ex. : logements supervisés, ateliers de gestion budgétaire)
- Soutien aux familles monoparentales et aux jeunes parents (ex. : groupes de soutien, services de garde à tarifs réduits)
- Mesures de conciliation travail-famille-études et responsabilités de proche aidance
Emploi et scolarité
En 2022-2023, 50 % des élèves du secondaire occupaient un emploi durant l'année scolaire, cette proportion augmentant en 5e secondaire, à 69 %. Parmi eux, 33 % avaient un emploi chez un employeur, tandis que 20 % réalisaient de petits travaux. Les secteurs d'emploi les plus courants incluaient la vente (38 %), la cuisine et la restauration (27 %). Le nombre d’heures travaillées variait, 61 % travaillant moins de 11 heures par semaine, 20 % entre 11 et 15 heures et 18 % plus de 16 heures, cette dernière proportion étant plus élevée chez les élèves de 5e secondaire (29 %).
Par ailleurs, le taux de sorties sans diplôme ni qualification au secondaire en formation générale était de 16 % en 2021-2022, en augmentation de 2,5 % par rapport à 2020-2021 (14 %), après une tendance à la baisse depuis 1999-2000.
Exemples d’actions de prévention :
- Programmes de persévérance scolaire et tutorat pour réduire le décrochage
- Aide à l'emploi pour les jeunes (ex. : stages, mentorat, formations adaptées)
- Soutien financier pour étudiants en difficulté (bourses, subventions, aide alimentaire)
- Programmes de mentorat et de soutien aux jeunes en difficulté
- Encouragement de l’implication sociale et du bénévolat pour renforcer les compétences sociales
Santé mentale
La pandémie a été difficile à traverser pour les jeunes, en particulier à cause de l’isolement lors des périodes de confinement. La santé mentale des jeunes représente un des défis majeurs actuels. La proportion des 15 à 24 ans ayant un niveau élevé de détresse psychologique a augmenté, atteignant 58 % en 2020-2021 contre 41 % en 2014-2015. Les compétences socioémotionnelles sont en déclin. La proportion d’élèves qui présente un niveau de santé mentale positive a diminué entre 2016-2017 et 2022-2023 : elle est passée de 47 % à 37 %. En contrepartie, la proportion de ceux et celles qui affichent un niveau faible de santé mentale positive est en hausse (6 % contre 12 %). Il est à noter que les troubles mentaux chez les garçons peuvent être difficiles à repérer, car ils se manifestent souvent par des comportements comme l’agressivité, l’impulsivité ou des comportements à risque. Ils sont également peu rapportés.
Les comportements suicidaires sont aussi en hausse. La proportion des adolescents et adolescentes et des jeunes adultes ayant songé au suicide au cours de la dernière année est passée de 4,2 % en 2014-2015 à 8,4 % en 2020-2021 chez les 15-19 ans, et de 4 % en 2014-2015 à 6,9 % en 2020-2021 chez les 20-24 ans. De plus, les hospitalisations pour tentatives de suicide ont fortement augmenté chez les filles de 10 à 19 ans, atteignant 175,6 hospitalisations par 100 000 personnes en 2023.
L'image corporelle est une source d'insatisfaction pour plusieurs jeunes. En 2020-2021, environ 22 % des jeunes de 15 à 24 ans étaient insatisfaits de leur poids, cette proportion étant plus élevée chez les filles (26 %) que chez les garçons (18 %).
Exemples d’actions de prévention :
- Programmes et outils de sensibilisation et de prévention du suicide (incluant les outils de repérage et la formation pour l’intervention auprès des jeunes à risque suicidaire)
- Lignes d'écoute et plateformes de soutien en ligne pour obtenir de l'aide rapidement
- Actions visant le développement de compétences personnelles et sociales des jeunes (ex. : gestion des émotions et du stress, gestion des influences sociales, adoption de comportements prosociaux, demande d’aide, etc.)
- Plans de lutte contre l’intimidation et la violence dans les écoles
- Campagnes de sensibilisation sur l’image corporelle et l’estime de soi
- Accès à des services de psychologues et de travailleurs sociaux en milieu scolaire
Saines habitudes de vie
La pratique de l'activité physique a connu une baisse notable dans les dernières années. En 2020-2021, près de la moitié des jeunes adultes de 18 à 24 ans étaient suffisamment actifs. Cela représente 24 % de moins qu'en 2014-2015.
En 2022-2023, 60 % des jeunes du secondaire passaient deux heures ou plus par jour de semaine devant un écran pour des activités de communication et de loisirs, ce qui exclut les heures en classe ou liées aux travaux scolaires. Cette proportion augmentait à 77 % la fin de semaine. En semaine, le taux était de 27 % des jeunes du secondaire qui passaient quatre heures ou plus par jour devant un écran.
L'alimentation présente également des défis. En 2022-2023, seulement un quart des élèves au secondaire consommait au moins cinq portions de légumes et de fruits par jour, une diminution par rapport à 2010-2011. Un élève sur cinq consommait une boisson sucrée chaque jour. Une grande partie des adolescents et adolescentes et des jeunes adultes consommaient trop de sel, avec un apport moyen quotidien en sodium supérieur aux recommandations.
Exemples d’actions de prévention :
- Outils et programmes en milieu scolaire et communautaire pour soutenir le développement, le bien-être des jeunes et l’adoption de saines habitudes de vie
- Initiatives de promotion de l’activité physique et de diminution de la sédentarité en milieu scolaire (ex. : déplacements actifs, aménagement des cours d’école et des salles de classe, etc.)
- Initiatives pour une alimentation saine (ex. : ateliers de nutrition, repas scolaires équilibrés)
- Initiatives pour sensibiliser les jeunes à une utilisation équilibrée des écrans
Santé sexuelle et violence
Les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) sont en augmentation chez les jeunes de 15 à 24 ans, notamment la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis. L’infection à chlamydia touche particulièrement les jeunes âgés de 15 à 24 ans : le taux d’incidence dans ce groupe d’âge est huit fois plus élevé que celui observé chez les adultes.
L’utilisation du condom est en légère diminution chez les élèves du secondaire, passant de 68 % en 2010-2011 à 60 % en 2016-2017. Plus fréquent chez les élèves des 1re et 2e années du secondaire, l’usage du condom baisse progressivement par la suite. Chez les 18 à 24 ans, l’utilisation du condom diminue aussi depuis 2008, passant de 48 % en 2008 contre 36 % en 2020-2021. Le taux de grossesse et d’interruption volontaire de grossesse (IVG) chez les adolescentes et les jeunes femmes diminue depuis la fin des années 1990. Plus récemment, en 2022-2023, environ une élève du secondaire sur cinq âgée de 14 ans et plus a eu recours à la contraception orale d’urgence. La proportion d’élèves du secondaire ayant subi de la violence physique ou sexuelle dans une relation amoureuse a légèrement augmenté entre 2010-2011 et 2022-2023.
En 2022-2023, quatre élèves sur dix au secondaire ont subi de la violence à l’école ou sur le chemin de l’école et plus d’un sur dix rapporte avoir subi de la cyberintimidation. Ce taux diminue à 21 % pour le groupe des 18 à 24 ans. Certaines personnes sont plus susceptibles d’en vivre : les jeunes, les femmes, les personnes issues de la diversité sexuelle ou de genre, celles en situation de handicap de même que les personnes racisées. La proportion de harcèlement chez les jeunes travailleuses et travailleurs est également plus élevée par rapport aux autres groupes d’âge : 14 % des jeunes travailleuses et travailleurs québécois âgés de 15 à 24 ans ont rapporté avoir vécu au moins une situation de harcèlement psychologique ou sexuel dans le cadre de leur travail.
Enfin, la proportion d’élèves du secondaire déclarant avoir eu au moins une conduite délinquante augmente. Cette proportion demeure plus élevée chez les garçons que chez les filles.
Exemples d’actions de prévention :
- Projet Mosaïk consacré à la promotion et la prévention en matière de sexualité jeunesse
- Campagne pour la prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang dans les cégeps et les collèges privés subventionnés du Québec
- Actions concertées pour prévenir et contrer l’intimidation et la cyberintimidation
Les adultes et les personnes aînées
La santé des adultes et des personnes aînées, particulièrement l’augmentation des maladies chroniques et le vieillissement rapide de la population, est un enjeu majeur. Des activités de prévention plus ciblées, telles que la promotion de saines habitudes de vie, le dépistage de certaines maladies chroniques, avant l’apparition de symptômes, le dépistage de la fragilité contribuent à réduire les risques de maladies et de complications tout au long de la vie active.
Le Québec fait face à d’importants défis en matière de santé publique. L’augmentation de l’espérance de vie, combinée au vieillissement de la population et à la prévalence des maladies chroniques, impose une réflexion sur les stratégies de prévention les plus efficaces. Par ailleurs, les enjeux de santé mentale, de suicide et d’isolement social nécessitent une attention particulière pour garantir une meilleure qualité de vie aux adultes et aux personnes aînées du Québec. À titre d'exemple, le taux de suicide chez les hommes de 50 à 64 ans constitue le plus élevé parmi toutes les catégories d'âge confondues depuis de nombreuses années.
Conditions socioéconomiques, travail et participation sociale
En 2020, 4,8 % de la population québécoise vivait en situation de pauvreté, selon la mesure du panier de consommation. Ce taux atteignait 5,4 % chez les personnes de 65 ans et plus. En 2018, 26 % des personnes aînées faisaient du bénévolat structuré et 58 %, du bénévolat informel. En 2020-2021, 14 % des 65 ans et plus avaient souvent l’impression de manquer de compagnie.
En 2023, 81,2 % des personnes âgées de 25 à 64 ans occupaient un emploi au Québec, marquant une progression depuis 2008, où ce taux était de 73,8 %. En 2021, 5,2 % de la population vivait sous le seuil de faible revenu, selon la mesure du panier de consommation. Cette mesure prend en compte les besoins de base des familles. Elle inclut l’alimentation, le logement, l’habillement et le transport. Le monde du travail change également vite. Plus des deux tiers (68 %) des travailleuses et travailleurs rapportent avoir subi au moins un changement au travail, comme une perte d’emploi, la perturbation des tâches ou des horaires durant la pandémie de la COVID-19. Autre indicateur majeur : en 2023, 22 % des personnes salariées non étudiantes occupent un emploi de faible qualité, c’est-à-dire à faible salaire, de qualification faible, occupé par une personne surqualifiée, instable et à plus de 40 heures par semaine. Cette proportion est plus élevée chez les femmes.
Enfin, les conditions de travail peuvent influencer négativement la santé des individus, tant d’un point de vue physique que psychologique. En effet, à cause de ses conditions de travail, en 2020-2021, une travailleuse ou un travailleur sur trois souffre d’un trouble musculosquelettique et une personne de plus de 18 ans sur quatre éprouve un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail.
Exemples d’actions de prévention :
- Prise en charge des risques psychosociaux en milieu de travail
- Affectation ou retrait préventif de la travailleuse enceinte ou qui allaite dont le travail comporte des dangers physiques (programme Pour une maternité sans danger)
- Initiatives structurantes en santé et mieux-être au travail, notamment pour rendre les pratiques de gestion et la culture organisationnelle plus favorables à la santé mentale du personnel et des dirigeants et dirigeantes
- Programmes de soutien à l’arrêt tabagique
- Programmes et projets pour améliorer l’accès à des logements abordables et prévenir l’instabilité résidentielle
- Actions sur les facteurs environnementaux qui influencent la santé (ex. : réduction de la pollution, accès à de l’eau potable de qualité, initiatives locales en environnement)
- Mesures visant à réduire les effets de la précarité de certains types d’emploi
- Initiatives pour accroître la participation sociale des adultes et des personnes aînées
Espérance de vie et vieillissement de la population
L’espérance de vie à la naissance au Québec a connu une progression significative, passant de 75,1 ans en 1981 à 82,3 ans en 2022. Cette amélioration est observée tant chez les femmes (de 79,1 ans à 84,1 ans) que chez les hommes (de 71,2 ans à 80,5 ans). L’écart entre les sexes tend d’ailleurs à se réduire. À 65 ans, l’espérance de vie était de 18,7 ans en 2000-2002 et a augmenté à 21 ans en 2015-2017. En 2023, elle s’établit à 22 ans pour les femmes et 19,6 ans pour les hommes, soit un écart de 2,4 ans, en diminution par rapport aux années 1980. De plus, on remarque qu’un écart demeure lorsque l’on compare la mortalité prématurée entre les personnes les plus défavorisées et les plus favorisées sur le plan socioéconomique.
Par ailleurs, la population québécoise continue de vieillir, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus passant de 12 % en 1996 à une projection de 26 % en 2041.
Exemples d’actions de prévention :
- Soutien à l’intégration de la prévention dans les pratiques des professionnels et professionnelles de la santé
- Développement de guides et de formations en prévention clinique
- Développement d’une approche intégrée favorisant la santé et le maintien de l’autonomie des personnes aînées
- Cadre de référence en vieillissement actif et en santé
Maladies chroniques et santé des personnes aînées
Les maladies chroniques représentent un enjeu majeur de santé publique. Elles ont des effets sur la qualité de vie des personnes et sur l’utilisation des services de santé. Ainsi, le cancer constitue la principale cause de décès au Québec, provoquant près d’un décès sur trois entre 2017 et 2021. En 2022-2023, plus de 1,6 million de Québécoises et de Québécois de 20 ans et plus étaient atteints d’hypertension artérielle. La prévalence du diabète pour cette population était de près de 9 %. Tout comme l’hypertension artérielle, la prévalence du diabète tend à augmenter avec l’âge. Par ailleurs, dans l’ensemble, la multimorbidité, soit la cooccurrence de plusieurs maladies chroniques chez une même personne, touche 23 % des Québécoises et Québécois de 25 ans et plus et 51 % des personnes âgées de 65 ans et plus.
Chaque année, environ 24 000 hospitalisations sont causées par des chutes. De plus, le taux de mortalité attribuable aux chutes chez les 65 ans et plus a plus que doublé entre 2000 et 2021.
Enfin, les troubles neurocognitifs majeurs, incluant la maladie d’Alzheimer, affectaient 6,8 % des personnes âgées de 65 ans et plus, soit environ 126 030 individus en 2022-2023.
Exemples d’actions de prévention :
- Soutien aux professionnels et professionnelles de la santé pour intégrer la prévention des maladies chroniques dans leurs pratiques
- Cadre de référence sur la prévention des chutes
- Programme québécois de soins buccodentaires et de soins d’hygiène quotidiens de la bouche en CHSLD
- Dépistage des cancers dans une approche de prise de décision partagée
- Dépistages adaptés en fonction de l’âge, des antécédents et des facteurs de risque individuels (ex. : fractures de fragilisation, diabète de type 2, évaluation du risque cardiovasculaire)
- Initiatives pour favoriser la littératie en santé et fournir une information plus facilement accessible et compréhensible
- Projet visant à promouvoir auprès des intervenants et intervenantes en promotion de la santé dans les établissements du réseau de la santé et des services sociaux les conditions qui favorisent une bonne santé cognitive
- Soutien psychosocial et services de répit aux personnes proches aidantes
- Vulgarisation pour faciliter l’accès aux programmes de soutien financier pour les personnes proches aidantes
- Déploiement d’initiatives de gériatrie sociale visant la prévention de la perte d’autonomie et l’augmentation de la qualité de vie, de la santé et du bien-être des personnes aînées en situation de vulnérabilité
Santé mentale
En 2022, 65 % des Québécoises et Québécois se percevaient en très bonne ou en excellente santé mentale, une diminution par rapport à 2015 (75 %). En 2019-2020, près d’un adulte québécois sur quatre (23 %) ressentait un niveau élevé de stress quotidien, tandis que la prévalence des troubles mentaux était de 11 % chez les 18 ans et plus en 2022-2023. Un sondage réalisé en janvier 2021 au Québec révèle qu’à Montréal, 21 % des hommes présentaient une détresse psychologique élevée et 25 %, une détresse probable, un chiffre qui atteint 39 % chez les 25-34 ans. Ce sondage met aussi en lumière que les jeunes hommes, les hommes moins scolarisés, les célibataires, les anglophones et ceux issus de la diversité sexuelle sont plus nombreux à souffrir de détresse psychologique.
Le taux de suicide a diminué depuis 1981, passant de 17,7 à 13,2 décès pour 100 000 personnes en 2022. Cependant, les hospitalisations à la suite de tentatives de suicide chez les femmes ont augmenté de 19 % entre 2010 et 2023.
Par ailleurs, en 2019, 5,9 % des personnes aînées ont rapporté avoir subi une forme de maltraitance, la plus courante étant psychologique (4,6 %).
Exemples d’actions de prévention :
- Programmes et outils de sensibilisation et de prévention du suicide (incluant les outils de repérage et la formation pour l’intervention auprès des adultes et des personnes aînées à risque suicidaire)
- Campagnes de communication en prévention du suicide et en promotion de la santé mentale
- Plans d’action régionaux en prévention du suicide et en promotion de la santé mentale
- Mise en place du réseau des Éclaireurs pour le mieux-être et la résilience des personnes et des communautés
- Implantation des réseaux de sentinelles dans divers milieux de vie, incluant les milieux de travail
- Guides pratiques, fiches thématiques et formations en prévention du suicide
- Initiatives pour renforcer les liens sociaux, le soutien et valoriser la demande d’aide
- Développement d’activités et d’outils visant à promouvoir les conditions qui favorisent la santé mentale positive chez les personnes aînées
- Promotion de la santé cognitive telle que mise de l’avant dans la Politique québécoise sur la maladie d'Alzheimer et les autres troubles neurocognitifs
- Sensibilisation et prévention de la maltraitance envers les personnes aînées et les autres personnes majeures
- Promotion de la bientraitance envers les personnes aînées
- Programme de pair-aidance en santé mentale
Habitudes de vie
La pratique d’activités physiques est en baisse, avec seulement 45 % des adultes considérés comme actifs ou moyennement actifs en 2020-2021 (contre 48 % en 2014-2015). La même année, près de 27 % des adultes étaient considérés comme actifs dans leurs loisirs et 10 % l’étaient dans leurs déplacements. En contrepartie, 37 % des adultes étaient inactifs. Par ailleurs, une personne sur deux âgée de 15 ans et plus (52 %) consomme des boissons sucrées tous les jours. Cette proportion descend à 37 % si on exclut les jus de fruits 100 % purs. La majorité de la population (86 %) ne consomme jamais de boissons énergisantes, régulières ou sans sucre. Et 53 % des personnes de 15 ans et plus consomment au moins quatre verres d’eau par jour.
Exemples d’actions de prévention :
- Initiatives nationales de promotion des saines habitudes de vie
- Outils et initiatives pour améliorer la composition nutritionnelle des aliments transformés
- Plan d’action national pour réduire la consommation de boissons sucrées et promouvoir l’eau
- Campagne de communication pour promouvoir l’adoption au quotidien d’un mode de vie physiquement actif chez les personnes aînées
- Programmes et projets pour soutenir l’adoption de saines habitudes de vie chez toute la population, en particulier chez les personnes aînées, les personnes en situation de handicap ou vivant des inégalités
- Offre de soutien au milieu municipal concernant l’aménagement d’espaces accessibles pour bouger et se détendre (ex. : espaces verts, parcs, pistes cyclables, infrastructures sportives gratuites)
- Projets pour améliorer l’accès à des aliments sains et abordables (ex. : marchés publics, subventions pour fruits et légumes, jardins communautaires)
- Mesures pour favoriser l’utilisation des modes de transport actifs et collectifs (ex. : aménagement de rues plus sécuritaires pour piétons et cyclistes)
- Sensibilisation à la saine gestion du poids, au développement d’une image corporelle positive et aux risques liés à l’utilisation des produits, services et moyens amaigrissants
- Approche en matière de vieillissement actif du Plan d'action gouvernemental 2024-2029 − La fierté de vieillir
Les environnements favorables à la santé
En agissant sur les environnements physique, social, économique et politique, il est possible de changer les comportements des individus et de prévenir plusieurs problèmes de santé, comme les maladies chroniques, les traumatismes accidentels et certaines problématiques de santé mentale. Tous ont un rôle à jouer : les municipalités, les organismes communautaires et les autres partenaires peuvent améliorer les conditions de vie et la santé globale de la population.
Environnement bâti
Les pratiques d'aménagement du territoire jouent un rôle clé dans l'adoption d’un mode de vie physiquement actif. Un aménagement urbain bien conçu, avec une bonne accessibilité aux espaces publics et aux infrastructures de transport actif, comme les pistes cyclables et les parcs, peut favoriser une population plus active. On remarque chez une grande partie de la population québécoise que l’activité physique reste insuffisante. La proportion de personnes physiquement actives dans leurs loisirs ou leurs déplacements a diminué entre 2014-2015 (38 %) et 2020-2021 (34 %).
Ainsi, la création de zones mixtes, la gestion des espaces verts et l’amélioration de la mobilité active permettent non seulement d'encourager la pratique d’activités physiques, mais aussi de réduire les risques environnementaux.
De plus, une bonne gestion de l'aménagement limite l'exposition à la pollution de l'air et au bruit, deux facteurs nuisibles à la santé. La réduction du bruit environnemental et l’augmentation de la qualité de l'air sont possibles, notamment en diminuant la pollution automobile et industrielle, mais aussi grâce à des politiques de zonage et la création d’espaces verts. On estime par exemple qu’en 2022-2023, 1 340 nouveaux cas d’asthme chez les enfants de 1 à 12 ans étaient attribuables aux particules fines dans l’air.
En ce qui concerne le logement, en 2021, 16 % des ménages consacraient 30 % ou plus de leur revenu brut aux frais de logement. Cette proportion était plus élevée chez les ménages locataires (25 %) que propriétaires (10 %). En 2022, un enfant de maternelle sur cinq vivant dans un ménage à faible revenu résidait dans un logement affecté par une nuisance (moisissure, odeurs, insectes ou rongeurs).
Exemples d’actions de prévention :
- Développement d’infrastructures favorisant un mode de vie actif dans les communautés
- Mise en place de politiques publiques encourageant l’activité physique et la réduction de la sédentarité
- Campagnes de sensibilisation sur les risques sanitaires liés à l’environnement physique et au milieu de travail
- Renforcement des capacités des communautés à agir sur leurs conditions de vie par des tables de concertation locales
- Évaluations d’impact sur la santé
- Amélioration de la gestion du bruit environnemental
- Campagnes de sensibilisation sur la pollution de l'air
- Soutien au milieu municipal à la création d’espaces verts et de verdissement urbain
- Démarche Municipalité amie des aînés
- Politiques publiques sur le logement, l’immigration, l’accès aux services, etc.
- Élaboration d’un cadre de référence portant sur le logement et la santé publique
Environnement alimentaire
L’insécurité alimentaire est une problématique croissante au Québec, qui affectait 15 % de la population en 2022. Parmi les ménages les plus touchés, on trouve les familles monoparentales (19 %), les personnes locataires (16 %) et celles vivant seules (10 %). Des inégalités existent également dans les habitudes alimentaires, par exemple dans la consommation quotidienne de boissons sucrées ou encore la faible consommation de fruits et de légumes.
L’accès aux commerces d’alimentation varie selon les territoires. En 2013, environ 45,5 % des Québécoises et Québécois vivaient dans des secteurs à faible accès aux commerces alimentaires et 5,3 %, dans des déserts alimentaires. En 2015-2016, les aliments ultra-transformés représentaient un tiers du volume total des achats alimentaires.
Exemples d’actions de prévention :
- Accès économique aux aliments sains, coût des biens et des services essentiels, système sain et équitable, etc.
- Publications et outils pour faciliter l’intégration des principes d’équité dans la mise en place d’initiatives visant à améliorer la sécurité alimentaire
- Plan d’action pour réduire la consommation de boissons sucrées et promouvoir la consommation d’eau
- Sensibilisation et formation sur la nutrition et la saine alimentation
- Réalisation de projets visant à améliorer la qualité nutritive des aliments offerts au Québec
- Programme québécois de fluoration de l’eau potable pour améliorer la santé buccodentaire
- Loi sur la prestation dentaire du gouvernement fédéral pour faciliter l’accès aux soins dentaires
Changements climatiques
Les changements climatiques ont des répercussions considérables sur la santé des Québécoises et des Québécois, touchant divers aspects de leur bien-être physique et mental. L'augmentation des températures et les vagues de chaleur, en particulier lors des étés plus longs et plus chauds, exposent la population à des risques accrus de déshydratation, de coups de chaleur et de maladies cardiovasculaires. Les changements climatiques peuvent augmenter les vulnérabilités des populations déjà à risque, agissant comme des multiplicateurs d’inégalités sociales de santé. Ils peuvent exacerber les conditions de vie précaires et augmenter les risques pour la santé. Les groupes vulnérables, comme les personnes âgées, celles souffrant de maladies chroniques et les enfants, sont particulièrement à risque.
En outre, les phénomènes climatiques extrêmes, tels que les inondations, les tempêtes violentes et d'autres événements imprévisibles liés aux changements climatiques, peuvent entraîner des blessures physiques, des traumatismes psychologiques et des dégradations matérielles importantes pouvant avoir un effet sur la santé et exacerbant les inégalités sociales. Les changements dans les écosystèmes, notamment l'augmentation de la prolifération de certaines espèces de moustiques, peuvent augmenter également les risques de transmission de maladies vectorielles, comme le virus du Nil occidental. Le Québec doit donc s'adapter aux effets des changements climatiques en mettant en place des stratégies de prévention et de gestion des risques pour protéger la santé de sa population.
Exemples d’actions de prévention :
- Sensibilisation aux effets de la chaleur sur la santé et prévention des coups de chaleur
- Mise en œuvre des solutions d’adaptation à la chaleur, au pollen et au smog
- Mise en place d’un système d’alerte automatisé
- Cartographie et diffusion des risques comme les îlots de chaleur, les pollens allergènes et les zoonoses
- Amélioration de l'infrastructure urbaine
- Soutien aux communautés vulnérables
- Activités de formation et de sensibilisation aux changements climatiques dans le secteur de la santé
Usage de substances psychoactives et comportements à risque
Le tabagisme a diminué ces dernières années. La proportion de fumeuses et fumeurs actuels est passée de 24 % en 2008 à 15 % en 2020-2021 chez les personnes de 15 ans et plus. Toutefois, l’usage de la cigarette électronique est en hausse chez les jeunes : en 2022-2023, 16 % des élèves du secondaire en ont fait usage au cours des 30 jours précédant l’enquête. La consommation excessive d’alcool au moins une fois au cours des 12 derniers mois demeure pour sa part préoccupante, touchant 30 % des consommateurs d’alcool de 15 ans et plus en 2020-2021. Par ailleurs, 17 % des Québécois et Québécoises de 15 ans et plus ont consommé du cannabis en 2023, une légère baisse par rapport à 2022 (19 %).
En matière de comportements sexuels, près de 70 % des personnes actives sexuellement n’ont jamais utilisé le condom au cours de la dernière année alors que le dépistage des infections transmissibles sexuellement (ITSS) a diminué ces dernières années. Enfin, la participation aux jeux de hasard et d’argent est en diminution chez les jeunes du secondaire (de 25 % en 2013 à 21 % en 2019), mais on observe que les jeux en ligne connaissent une hausse, atteignant 8 % en 2019.
Par ailleurs, le taux de mortalité par surdose d’opioïdes se situait en 2021 à 284 cas pour 100 000 personnes. Enfin, en 2022-2023, on comptait 21 005 personnes avec un diagnostic de trouble de consommation d’alcool et 18 470 avec un diagnostic de trouble lié à la consommation de drogues.
Exemples d’actions de prévention :
- Centres d’abandon du tabagisme
- Outils et formations en lien avec la légalisation du cannabis
- Campagnes nationales de sensibilisation sur la consommation de substances, la consommation excessive d’alcool et la pratique des jeux de hasard
- Stratégie nationale 2022-2025 de prévention des surdoses de substances psychoactives
- Soutien à la mise en œuvre de sites de consommation supervisée dans la communauté
- Collaboration avec les organismes communautaires pour la distribution de matériel de consommation sécuritaire
- Accès universel et gratuit à la naloxone
Itinérance
L’itinérance est en forte augmentation au Québec. Environ 10 000 personnes étaient en situation d’itinérance visible en 2022, soit une hausse de 44 % depuis 2018. Par ailleurs, selon les données du dernier dénombrement des personnes en situation d’itinérance, les raisons principales évoquées pour la perte du logement étaient l’expulsion (23 %), les problèmes de consommation de substances (21 %) et le revenu insuffisant (17 %). De plus, près de 326 300 adultes déclarent avoir vécu au moins un épisode d’itinérance visible ou cachée au cours de leur vie.
Exemples d’actions de prévention :
- Plan d’action interministériel en itinérance 2021-2026
- Projets de prévention de la dépendance en milieu scolaire
Maladies infectieuses
Au Québec, selon la dernière donnée disponible, entre 2016 et 2018, les personnes nées à l’extérieur du Canada représentaient 64 % des cas de tuberculose. L’incidence était particulièrement élevée chez les Inuits, avec un taux près de 500 fois plus élevé que chez les non-autochtones nés au Canada, et 20 fois plus élevé que chez les personnes nées à l’extérieur du Canada. En 2024, le Nunavik cumulait un nombre record, depuis 1990, de 96 cas déclarés.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 30 nouveaux agents pathogènes humains ont été détectés au cours des 30 dernières années, dont 75 % sont d’origine animale. Les changements climatiques favorisent la propagation des zoonoses et des vecteurs de maladies que sont les insectes, les tiques et les animaux. Par exemple, entre 2012 et 2024, les cas de maladie de Lyme déclarés et acquis au Québec sont passés de 16 à 846.
Exemples d’actions de prévention :
- Développement de guides et de formations en prévention clinique pour les professionnels et professionnelles de la santé
- Soutien à l’implantation de mesures de prévention des infections nosocomiales et grippe dans les milieux de soins et de vie
- Campagne d’éducation populaire
Comme le montrent les exemples présentés dans ces sections, les actions de prévention, dans ce domaine, consistent bien souvent à soutenir d’autres partenaires et à collaborer avec eux (milieu municipal, services scolaires, organismes communautaires, etc.).
L’innovation en prévention
Les défis en matière de santé et de bien-être deviennent de plus en plus complexes et interconnectés. L’Institut national de santé publique a récemment identifié sept tendances émergentes ayant un effet sur la santé des citoyennes et des citoyens. Notamment, le vieillissement de la population, les nouvelles réalités démographiques, les changements climatiques ainsi que les inégalités sociales et économiques croissantes exercent une pression sans précédent sur le système de santé et de services sociaux. Certaines de ces tendances émergentes imposent de nouveaux défis, mais peuvent aussi représenter des occasions d’innovation. Devant les risques climatiques, par exemple, des solutions novatrices en urbanisme et en prévention des maladies liées à l’environnement deviennent essentielles.
Pour relever ces défis de manière efficace et durable, il est indispensable de repenser nos approches traditionnelles de prévention en misant sur l'innovation. Innover, c'est anticiper et s'adapter. C’est développer des interventions plus efficaces, mieux adaptées aux besoins diversifiés des populations et plus efficientes en termes de ressources. L’innovation, qu’elle soit sociale, organisationnelle ou technologique, peut jouer un rôle clé dans l’amélioration de la santé de la population et mieux répondre aux réalités locales ou aux besoins des différents groupes de la société.
Il s’agit aussi d’explorer de nouvelles approches, d’intégrer les technologies émergentes et de construire des interventions novatrices avec les communautés locales, par exemple en encourageant l'expérimentation, en favorisant la collaboration intersectorielle et en mobilisant l'intelligence collective.
La santé numérique
L'innovation en santé peut passer par des transformations numériques, offrant de nouvelles possibilités pour la prévention. L’utilisation de la géomatique, des données massives ou de l’intelligence artificielle pourrait permettre de mieux cibler les interventions. Ces avancées technologiques peuvent favoriser une approche préventive et personnalisée.
La prévention de précision
Les systèmes de santé sont confrontés à un défi de taille : la demande croissante de soins pour des maladies qui, bien souvent, pourraient être évitées ou atténuées. L’approche de précision repose sur l’analyse des données probantes et des avancées scientifiques pour cibler davantage et adapter optimalement les interventions de prévention de manière à gagner en efficacité. Une meilleure identification des individus et des groupes faisant face à des inégalités de santé, la connaissance des interventions qui fonctionnent le mieux pour eux et des actions concertées à la fois sur les comportements et les environnements sont les piliers de la prévention de précision. En exploitant cette approche novatrice, le Québec a l’occasion de se positionner à l'avant-garde de la prévention dans son virage pour assurer la viabilité de son système de santé.
Les innovations sociales
L'innovation en santé ne se limite pas à l'adoption de nouvelles technologies. Elle inclut également des innovations sociales qui placent les individus et les communautés au cœur du processus, en favorisant leur participation active à la co-construction de solutions adaptées à leurs réalités.
Les innovations sociales ont depuis longtemps montré leur pertinence et leur capacité à résoudre des problèmes sociaux complexes par la mise en place de solutions nouvelles et créatives. Elles permettent de répondre aux problèmes complexes de santé en impliquant activement les communautés et en favorisant la collaboration entre les acteurs et actrices. Par exemple, les laboratoires vivants (living labs) sont des espaces d'innovation collaborative où les usagers et usagères, les chercheurs et chercheuses et les professionnels et professionnelles de santé travaillent ensemble pour développer et tester des solutions en situation réelle. De telles démarches se sont tenues dans plusieurs pays et au Québec dans les dernières années sur des sujets variés, tels que :
- les maladies chroniques;
- le vieillissement actif;
- la perte d’autonomie chez les personnes aînées;
- les modes de vie sains dès le plus jeune âge;
- les systèmes alimentaires territoriaux;
- des habitats adaptés pour et par des personnes à mobilité réduite en situation d’itinérance;
- le verdissement en milieu urbain;
- la lutte contre la pauvreté;
- la santé mentale positive.
L'innovation n'est plus une option, mais une nécessité pour relever les défis contemporains de santé et de bien-être. Devant l'évolution rapide des besoins de la population, des avancées technologiques et des transformations sociales, elle représente une occasion d’aller plus loin et de mieux adapter les actions de prévention en santé aux réalités d'aujourd'hui. La Stratégie nationale de prévention en santé représente l’occasion unique de créer un cadre propice à l'émergence de solutions novatrices.